Le passage au XXIe siècle numérique n’est pas chose aisée pour les entreprises qui ont brillé dans « l’Ancien monde », celui d’avant la révolution numérique. Surtout pour celles qui évoluent dans des secteurs particulièrement impactés par le digital, comme Canon. Le géant japonais de la photographie et de la bureautique (copieurs, imprimantes), fondé en 1937, soufflera en 2017 ses 80 bougies. L’occasion pour la marque de se réjouir d’une remarquable résilience, mais aussi d’accélérer dans sa mutation pour endiguer la spirale du déclin.

Rentabilité divisée par deux en dix ans

Car depuis une dizaine d’années, le chiffre d’affaires de Canon, tout comme son résultat net et ses marges, accusent le coup. Lors de la présentation de ses résultats annuels, mi-février, l’entreprise a annoncé une nouvelle chute de ses revenus, de 11% sur un an, à 3400 milliards de yens (28,6 milliards d’euros), contre 3800 milliards de yens en 2015 (32 milliards d’euros) et 4200 milliards de yens en 2006 (35 milliards d’euros). Pire : le résultat net et les marges ont diminué de moitié en dix ans…

L’explication est simple : la demande d’équipements de bureau (imprimantes, copieurs) diminue dans les pays développés et stagne dans les pays émergents, ce qui atteint la rentabilité du groupe depuis plusieurs années, contribuant à la chute de 40% du bénéfice opérationnel dans la division bureautique.

Quant au marché de la photo, il ne se porte pas mieux. La concurrence acharnée des smartphones, qui montent en gamme, condamnent les acteurs historiques comme Canon à miser sur les appareils haut-de-gamme et sur le marché professionnel. Un secteur ultra-concurrentiel où les perspectives d’expansion sont très limitées. À ces difficultés s’ajoute aussi, plus récemment, le renforcement du yen, qui pénalise l’entreprise. D’où la décision de l’agence de notation S&P d’abaisser, le 14 février dernier, la note à long terme de Canon d’un cran, à AA-, en raison du « déclin continu » de ses activités phares.

Relais de croissance dans l’imagerie médicale et la sécurité

Mais Canon se voit comme un roseau qui plie, mais ne rompt pas, comme l’explique à La Tribune Patrick Chapuis, le Pdg de Canon France, qui emploie 1.500 personnes sur les 190.000 collaborateurs dans le monde:

« Nous restons toujours une entreprise financièrement solide et parmi les leaders mondiaux dans tous ses segments d’activités. Nous vivons une période de transition lente, qui nécessite de nous repositionner sur notre cœur de métier et de développer de nouveaux relais de croissance. Nous le faisons de manière méthodique depuis plusieurs années et cela commence à porter ses fruits ».

Pour retrouver le chemin de la croissance, Canon suit une stratégie sur trois axes. D’abord, consolider ses marchés historiques, semer la concurrence en menant l’innovation dans les domaines de l’image et de la gestion dématérialisée des documents. Ainsi, Canon reste numéro 3 mondial des dépôts de brevets aux États-Unis, derrière IBM et Samsung Electronics. Et ses dépenses de R&D ont augmenté depuis dix ans et représentaient en 2015 8,6% du chiffre d’affaires, contre 7,4% en 2006. « L’enjeu dans l’impression est la mobilité, c’est-à-dire redonner aux nouvelles générations l’envie d’imprimer », ajoute le Pdg, également ancien directeur de Kodak France. Le groupe travaille notamment sur une manière simple d’imprimer rapidement un document avec son smartphone.

Le deuxième axe est le développement de nouveaux marchés, ce que le Pdg mondial Fujio Mitaral appelle « l’expansion latérale ». « Nous sommes des spécialistes de l’image et du document, or, aujourd’hui, l’image c’est aussi la vidéo sous toutes ses formes -surveillance, imagerie médicale- et les arts graphiques », souligne Patrick Chapuis. Des secteurs actuellement en pleine croissance… Enfin, Canon mise sur le service aux entreprises, notamment via sa filiale Canon Business Services, pour accompagner la transformation des grands groupes en matière de digitalisation.

Une stratégie agressive de fusions/acquisitions

Pour atteindre ces objectifs, Canon mène une stratégie audacieuse de fusions/acquisitions. Pour se faire une place sur le marché des arts graphiques, le groupe a racheté en 2009 la société néerlandaise Océ, spécialiste du grand format et du haut volume numérique. Dans la sécurité, Canon a mis la main sur deux grands acteurs de la vidéosurveillance : le danois Milestone Systems en 2014 (logiciels de vidéosurveillance) et le suédois Axis en 2015 (via une OPA de 2,5 milliards d’euros), pour devenir le numéro un mondial de la vidéosurveillance. L’entreprise équipe notamment la British Library -la bibliothèque nationale du Royaume-Uni- et fournit la technologie de comptage des flux des pèlerins de La Mecque.

Enfin, dans l’imagerie médicale, un autre de ses relais de croissance, Canon est d’ores est déjà le numéro 4 mondial du marché, grâce au rachat de la startup Molecular Imprints en 2014, mais surtout du pôle matériel de Toshiba en 2016, intilulé Toshiba Medical (scanners à rayons X, appareils d’examen oculaire…), pour le montant spectaculaire de 5,3 milliards d’euros. Quelques mois plus tard, Toshiba, en pleine séparation d’activités jugées « moins stratégiques », lui a aussi cédé ses caméras vidéo industrielles pour 126,4 millions de dollars.

Des perspectives positives jusqu’à 2019

Ces investissements, l’effort en R&D et la volonté de développer davantage les services aux entreprises via la filiale Canon Business Services, entretiennent l’optimisme du groupe. Même si ces activités périphériques représentent moins de 20% de son chiffre d’affaires annuel, « ce sont des marchés avec une croissance à deux chiffres », souligne Patrick Chapuis. Ils devraient donc tirer la croissance du groupe dans les années à venir, à condition de se maintenir dans les activités historiques de la photographie et de la bureautique.

Pour 2017, Canon vise ainsi un chiffre d’affaires de 3700 milliards de yens (31,3 milliards d’euros, +8,8%), ainsi qu’un résultat net et une marge nette en hausse. Une tendance qui devrait se poursuivre, selon l’entreprise, en 2018 et 2019.

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