Le patron d’Alibaba change de discours. Pour la première fois, le géant chinois de l’e-commerce se tourne vers l’Etat pour l’aider à lutter contre la contrefaçon – alors qu’il est régulièrement accusé de l’encourager sur ses plateformes. « Aucune entreprise ne peut le faire seule », a écrit mardi le fondateur Jack Ma dans une lettre ouverte publiée sur Weibo, le Twitter chinois. Il dénonce une « loi vieille de 20 ans (…) sévèrement dépassée par la réalité », rapporte Azilia, la plateforme d’informations d’Alibaba. Le milliardaire interpelle l’Assemblée nationale populaire (APN), réunie en session annuelle cette semaine à Pékin, pour un durcissement de la loi en vigueur. « Par exemple, si la fabrication ou la vente d’un faux produit faisait encourir une peine de prison de sept jours pour chaque contrefaçon, le monde serait très différent – tant en termes d’application de la propriété intellectuelle (…) que notre capacité à promouvoir l’innovation », écrit Jack Ma.

Actuellement, les peines d’emprisonnement en Chine pour contrefaçon peuvent aller jusqu’à sept ans, détaille le cabinet chinois Lehman Law, assorties d’une amende calculée au cas par cas. « Alibaba déplace le fardeau vers les législateurs, et cela pourrait aider à produire certains changements dans le système pénal chinois », estime auprès de Bloomberg Cao Lei, directeur du centre de recherche sur l’e-commerce à Hangzhou. Dans sa lettre ouverte, Jack Ma assure que sur les 4.495 cas suspects transmis aux autorités chinoises en 2016, seulement 33 affaires ont abouti à une condamnation.

Alibaba placé sur liste noire aux Etats-Unis

Le géant chinois espère ainsi effacer les mauvais coups de pub portés à répétition contre ses sites de ventes en ligne. En 2015, Alibaba a fait face à une plainte du groupe Kering (Gucci, Yves Saint Laurent…) quelques mois après avoir été critiqué en Chine. Lors d’une inspection menée par l’Administration d’Etat pour l’industrie et le commerce (AEIC) chinoise, il est apparu que seuls 37,3% des produits étaient « authentiques » sur Taobao, l’eBay chinois détenu par Alibaba – quand les autres sites ont obtenu en moyenne quelque 58%. En juin dernier, Jack Ma déclarait que les produits contrefaits étaient souvent de « meilleure qualité » et vendus à des « meilleurs prix », que les articles authentiques… Une réputation qui freine son développement à l’international. En décembre dernier, sa filiale Taobao a été placée sur liste noire aux Etats-Unis.

Alibaba dit pourtant multiplier les actions pour lutter contre la prolifération de produits contrefaits sur ses sites de ventes en ligne. En janvier, il a par exemple passé un partenariat avec une vingtaine de grandes marques pour favoriser la communication entre la plateforme et les marques afin de repérer les articles contrefaits, les retirer de la vente et poursuivre les délinquants.

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